DJ Arafat, l’enfant terrible qui incarnait les aspirations d’une génération

Au-delà des fans, c’est tout un pays qui se réveille sous le choc après l’annonce du décès de DJ Arafat. Bien plus qu’un chanteur, la star avait fini par incarner les aspirations de toute une génération.

Ce matin, la Chine s’est réveillée sans son Empereur. Des millions de fans, à Abidjan et ailleurs, pleurent le « Daïshinkan ». Non, cet accident de deux roues, quelques mois après le lancement du single Moto Moto, n’était pas un bad buzz de plus : DJ Arafat n’est plus là pour ponctuer de ses frasques et de ses excès le quotidien ivoirien. Et le silence qu’il laisse est d’autant plus pesant qu’on avait fini par s’habituer à ses coups de gueules et de sang permanents, délivrés à longueurs de lives sur les réseaux sociaux, où il cumulait plus de 5 millions d’abonnés.

Un « bad boy » symbole de réussite

Le roi du coupé-décalé est devenu, au fil du temps, un personnage incontournable. Un bad boy capable de casser une assiette sur la tête de sa compagne, de traiter un rival de « pédé », de mépriser ceux qui prennent le métro, ou d’insulter la moitié du star system ivoirien… mais un bad boy à qui ses fans, qui lui reprochaient parfois son comportement, finissaient par tout pardonner.

Parce qu’il était un artiste hors-norme, le plus célèbre ambassadeur du coupé-décalé (parmi d’autres pionniers partis trop tôt… comme Douk Saga, décédé lui aussi à 33 ans), faisant évoluer le genre, jusqu’à l’associer à la musique trap. Parce qu’il a épaulé tant de chanteurs et danseurs – avant, souvent, de se brouiller avec eux -. Mais aussi parce qu’il était un symbole de la réussite.

L’enfant de Yopougon avait rapidement délaissé les bancs de l’école pour les maquis de la rue Princesse, dont il avait fait les beaux jours, ou plutôt les belles nuits. Il ne s’affichait jamais sans sa panoplie bling-bling – sapes de marques, énormes montres, belles carrosseries… – de quoi donner du rêve à un public exclu de la consommation. Et était bardé de récompenses… distingué par les Kora Music Awards, MTV, et même Forbes Afrique.

Après avoir signé chez Universal, l’ambition d’Arafat et de Yorogang Production, était de convertir les scènes occidentales. C’était aussi ce conquérant que la foule hystérique accueillait à son retour d’exil éphémère en France à l’aéroport d’Abidjan fin 2017.

Tout un pays groggy

Aujourd’hui, ses challengers d’hier, de Serge Beynaud à Debordo Leekunfa en passant par Kiff no Beat, expriment leur tristesse. Même A’Salfo pleure « le petit » au parcours d’étoile filante. Le leader de Magic System a souvent reproché à Arafat son comportement… Mais il lui a aussi toujours reconnu un grand talent. Et il ne pouvait pas ignorer la capacité du chanteur à transcender, sur les dancefloors et en concerts, les milieux et les générations.

Ce ne sont pas que les fans qui pleurent Arafat… c’est tout un pays qui se réveille groggy : car le sale gosse qui s’en est allé faisait partie de la famille. Ce n’est pas pour rien que le président Alassane Ouattara lui-même a signifié sa tristesse sur Twitter en apprenant le décès.

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